dimanche 3 mai 2020

La bourse ou la vie

La dernière fois que j'ai voulu repeindre les murs de mon appartement, il m'a fallu faire des choix. Quels murs? De quelle(s) couleur(s)? Combien de couches? Avec quelle qualité de peinture? Le plafond aussi? Les portes et encadrements? Quels pinceaux et rouleaux je choisis? Voudrais-je mettre du sparadrap sur tous les contours? Dois-je protéger le sol des éclaboussures? Avec des vieux journaux au sol? Une grande bâche? Est-ce que je me prends une combinaison? Ou je me débrouille avec des vêtements qui ne craignent plus rien? 
J'ai fait tous ces choix en fonction de ce que je voulais comme résultat, du temps que j'avais, des finitions que je souhaitais mais également de mon budget. Bien évidemment, mes décisions pouvaient considérablement modifier la facture. 

Dans mon métier, c’est pareil. Pour les colorations, certaines clientes font des choix: si elle veulent une teinte unie, de légères nuances ou une transformation. Elles les font autant selon leurs envies du moment mais aussi selon les tarifs et ce qu'elles s'accordent à dépenser. Tout comme moi avec mes murs: plus mes clientes veulent de services, plus j'ai dû utiliser de produits et faire des manipulations et plus chère est la note. 
Cette idée est parfaitement acceptée par tout le monde, mais, étrangement, pas pour la reprise d'après confinement. 


Après tant de semaines de fermeture, une grande majorité de nos clientes (les plus sages patientes) viendront à nous avec de plus grandes repousses qu'à l'habitude. Les couleurs auront viré. Les cheveux épais seront... très épais! Nous devrons donc utiliser un peu plus de produit de coloration pour les racines, en préparer à nouveau pour les longueurs, passer plus de temps à la coupe. 

Pour protéger soi, ses collègues et ses clientes, des procédures plus drastiques doivent aussi être mises en place: un grand flacon de gel hydroalcoolique à l'entrée pour l'utilisation de chaque personne qui arrive et repart, des masques et des gants à changer régulièrement, du temps de désinfection pour les fauteuils, les bacs à shampooing, les toilettes... après chaque passage (et les quantités de produits qui vont avec)


Si l'idée que ma facture de peinture augmente selon les travaux que je veux faire et le niveau de protection que j'exige, en revanche, les coiffeurs rechignent à facturer les services supplémentaires dans leurs commerces. Car il s'agit bien de facturer des services ou des quantités de produits supplémentaires. Mais beaucoup de coiffeurs parlent "d'augmentation des tarifs". Au restaurant, si je prends un dessert en plus de l'entrée et du plat, les tarifs n'ont pas augmenté. C'est le nombre et la quantité de produit et de temps de préparation qui ont augmentés. Les coiffeurs ont peur de perdre leurs clients si les factures sont plus élevées. Mais les consommateurs auront les yeux ouverts pour voir toutes les manipulations procédurières mises en place pour la protection contre le covid19. Si nos clientes appellent frénétiquement depuis 2 semaines pour être LA première sur l'agenda, c'est qu'elles savent parfaitement que leurs racines sont horriblement grandes et que leurs coupes n'ont plus de sens. Il n'y a aucune crainte à avoir pour cela. 

Un bon moyen de tranquilliser (et respecter) tout le monde est de calculer à l'avance quel sera le coût approximatif des procédures d'hygiène puis d'envoyer un message à toutes les clients afin de les prévenir que cette vigilance est mise en place et quel en sera le tarif. Un tarif qui leur garantira d'être pris, eux et leur santé, en considération, que rien ne sera bâclé. 


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